Legends Ardenne Trail – 2 Mai 2026

Troisième course de l’année après les Hivernales du RCB  début Février et le Trail des Bosses en Mars. J’avais planifié cette course en préparation au Trail de St-Jacques by UTMB (version 100 miles) que je n’ai finalement pas couru suite à un problème d’agenda (j’étais en vacances en Norvège au même moment).

L’avant-course

Mes deux précédentes courses ne m’avaient pas laissé une impression tiptop, tant physiquement que moralement, avec une grosse démotivation ressentie à l’entrainement. Disons que je suis arrivé un poil plus en forme, ayant réussi à m’entrainer 4-5 fois par semaine et caser trois sorties de plus de 30 km depuis le Trail des Bosses.

Le parcours de la course n’est pas une boucle : le départ est fixé au lac de Nisramont et l’arrivée dans le village d’Ocquier, entre 50 et 60 km au nord-ouest par la route et 111 km par les sentiers de la course. Un bus affrété par l’organisation quitte le village d’Ocquier (devant l’église St-Remacle) à 4h45 le matin pour nous amener au point de départ, le début de la course étant fixé à 6h00, au lever du soleil.

Nous avons loué un AirBnB (très bien) dans le village d’Hamoir (très chouette aussi, lieu de départ de nombreuses randonnées ou de canoë sur l’Ourthe) à 15 km de là. Mon épouse est venue avec une amie pour lui tenir compagnie le samedi pendant que son mari arpentera  bêtement les sentiers ardennais. Il faudra que j’écrive un jour un article sur comment concilier vie familiale et ultra-trail…

La veille de la course, nous faisons une petite randonnée autour d’Hamoir histoire de me dégourdir les jambes sans générer de fatigue. Idéalement, j’aime bien trottiner sur le début du parcours la veille d’une course mais, dans ce cas, hors de question de se taper 100 km de voiture en plus pour aller au départ.

En fin d’après-midi, je vais chercher mon dossard (et la balise GPS, un gros cube que nous devons fixer sur l’épaule) dans l’arrière-cour du café-restaurant « O bocal verre » Vous pouvez y accéder soit par l’entrée principale, soit par la rue des Coquais. Il est très facile de se garer dans le village, au moins au moment où je suis allé récupérer mon dossard.

L’amie de mon épouse nous a accompagnés pour ressentir « l’ambiance électrique d’un ultra-trail » vantée par mon épouse. Grosse déception : il n’ y a pas un chat. Du coup, je regarde la liste des participants, il semble que nous ne serons que 38. Nous n’allons pas nous bousculer sur les sentiers. Je comprends mieux pourquoi l’organisation nous colle une balise GPS. 🙂

La soirée se finit sur une bonne dose d’énervement. Nous avons réservé une table au restaurant Hamoir et à Manger. L’objectif est de manger rapidement pour aller se coucher tôt (le réveil est prévu à 4h00 du matin) mais nous attendons plus d’une heure avant d’être servis. Quand nous nous en plaignons virulemment, la patronne, au lieu de s’excuser (après tout cela peut arriver), nous rejette la faute en prétendant qu’elle voulait nous laisser terminer tranquillement l’apéritif (sachant que personne n’est venu nous voir dans l’arrière salle où nous étions installés). Quant à la nourriture, triple bof-bof des convives. Peut-être un mauvais jour…

Moralement, je suis dans mon état habituel avant course : une annulation de dernière minute par l’organisation ne me déplairait pas 🙂

La course

Voici ma trace GPX :

Legends Ardenne Trail 2026 - 111 km  GPX

50 100 150 200 5 10 15 Distance (km) (m)
Aucune donnée d’altitude
Nom: Aucune donnée
Distance: Aucune donnée
Altitude min.: Aucune donnée
Altitude max.: Aucune donnée
Dénivelé positif: Aucune donnée
Dénivelé négatif: Aucune donnée
Durée: Aucune donnée

Comme d’habitude, j’ai fait des calcul scientifiques pour déterminer mon plan de marche (et permettre à mon épouse de retrouver plus facilement mon corps en cas de disparition soudaine) :

Comme j’écris ce compte-rendu plus de 1 mois 1/2 après la course, j’avoue avoir un peu oublié les détails du parcours.  Je n’ai quasiment pas pris de photos, rien de bien de transcendant comme paysages : des sous-bois et des plateaux, un peu toujours identiques.

Barrage de Nisramont – Rav 1 (Maboge) – 13 km – 344 m D+

Le bus de l’organisation nous dépose à 5h45 sur le parking du lac de Nisramont. Nous marchons une centaine de mètres pour rejoindre le sommet du barrage que nous allons traverser. Pas de musique, pas de discours grandiloquent (et énervant) sur l’ « aventure » que nous allons bientôt vivre. Jusque un rappel des conditions de sécurité lorsque nous traverserons des routes (pas toujours en présence de bénévoles) et une alerte sur de possibles orages sur la course.

Les survivants du premier jour du St-Remacle (un 195 km sur deux jours) se joignent à la troupe sous nos applaudissements (peu fournis, à moins de 40 à 6h du mat on ne fait pas trop de bruit). Au final seuls 4 sur les 11 du départ boucleront les deux jours. Bravo à eux.

Ma course commence mal : je me rends compte au bout de 10 mn que j’ai oublié de déclencher mon chrono. Grrr…. Tant pis, il me manquera les premiers kilomètres, ce qui m’obligera à de savants calculs mentaux tout au long de la course. Ça occupe… Amusant : 2-3 coureurs partent à fond les ballons et se trompent au premier embranchement ! Heureusement, ils se rendent rapidement compte de leur erreur et me redoublent aussi sec.

Un premier pointage me surprend au sommet de la première côte, au bout d’à peine 5 km. L’organisation aurait-elle peur d’avoir déjà perdu certains coureurs ? Ce premier tronçon est à l’image de ce que sera le reste de la course : montée dans des sous-bois, passage sur un plateau dégagé et descente à nouveau dans des sous-bois, le tout sur des sentiers peu techniques (un peu de cailloux, un peu de racines). Ce schéma se reproduira plus de 20 fois tout au long de la course. A noter un passage un peu pénible le long de la rivière Ourthe avec de nombreuses racines avant de rejoindre le premier ravitaillement. Je m’y arrête à peine 3 mn, le temps de remplir une de mes flasques et d’avaler 2-3 bonbons un peu acides avant de repartir. Je suis déjà en retard de plus de 5’36 (soyons précis) sur mon plan de marche pessimiste mais je comprends que j’ai été trop optimiste sur mes vitesses en descente pessimistes (vous suivez ?). Aucune inquiétude, je me sens bien et la température fraiche est idéale pour courir.

Rav 1 (Maboge) – Rav 2 (Dochamps) – 15,5 km – 577 m D+

Un bon petit pétard en sortie de ravitaillement et nous voici repartis pour le deuxième tronçon de la course, avec notamment la traversée de la Roche-en-Ardenne au petit matin, dans des rues encore totalement désertes.

Malgré des airs de Bouillon, le village me semble un peu tristounet. Pas trop envie d’y revenir, malgré la renommée du lieu.

Nous longeons pendant un moment la N89 avant  de rentrer dans les sous-bois pour la plus longue montée de la course qui nous amène au second ravitaillement. Pas de difficultés particulières. Là encore, arrêt Formule 1 de 3 mn avant de repartir. 9 » de retard additionnel sur mon plan de marche mais toujours pas d’inquiétude, je me sens bien.

Rav 2 (Dochamps) – Rav 3 (Clerhé) – 18 km – 463 m D+

Pas de difficultés particulières sur ce tronçon principalement en sous-bois. Nous prenons une première averse qui va nous rafraîchir, il commence à faire lourd. Je m’arrête un peu plus longuement au ravitaillement (presque 8 mn), le temps de remplir ma poche à eau et de manger. La première et unique femme du parcours arrive quelques secondes après moi (on s’est croisés 2-3 fois sur le parcours). A partir de là elle va me lâcher pour finir 15ème de la course, 1h15 avant moi.

J’ai eu un peu de mal sur cette dernière partie et ai commencé à ressasser des idées noires (« pourquoi je suis là ? », « c’est bien le dernier ultra sur lequel je m’engage…« , « marre de ces courses« …). Je n’en suis même pas à la moitié que j’en ai déjà marre. Pas bon signe tout cela… Mon retard sur mes prévisions pessimistes  s’est creusé jusqu’à 17’13.

Rav 3 (Clerhé) – Rav 4 (Base vie Fanzel) – 13 km – 406 m D+

Pas le choix, je repars quand même. Les côtes et descentes s’enchainent, il me semble me souvenir d’une descente particulièrement abrupte où je suis à deux doigts de finir sur les fesses, je me rattrape à un tronc d’arbre mais aussi d’une montée particulièrement raide en forêt.

Sans la trace GPX sur ma montre, j’aurais peut-être manqué la base vie, le fléchage est un peu difficile à comprendre. Vous arrivez par la rue Grande Terre et il faut suivre le fléchage au sol et ne pas tourner directement dans le rue du Stockay à gauche, ce qui peut être tentant si vous voyez un coureur déjà engagé sur cette rue.

La base vie est désertique, j’y croise un jeune dont c’est le premier ultra et qui est à deux doigts de l’abandon. J’essaye de le motiver à continuer et le rassure en lui disant que, même après des années de pratique, je ne sais toujours pas pourquoi je le lance dans des galères pareilles 🙂 Mon retard est maintenant de quasiment 30 minutes sur mes prévisions pessimistes.

Rav 4 (Base vie Fanzel) – Rav 5 (Grand Bru) – 14 km – 510 m D+

Je poursuis mon tout petit bonhomme de chemin en enchainant côtes et descentes, toutes pareilles. Je me souviens uniquement d’un coup de vice des organisateurs.

Arrivé au niveau de la flèche sur le schéma, je croise un couple avec une poussette qui descend de la gauche et qui, au vu de mon air visiblement déconfit (j’ai très chaud), me rassure en me disant « courage, le ravitaillement n’est qu’à 200m« . Que nenni, il faut d’abord se taper un détour de presque 2 km avec une bon petite côte de 80 m D+ (le ravitaillement est au niveau du « X »). J’avais encore de l’humour et cela m’a fait sourire.

Je m’arrête quelques minutes, le temps de recharger poche à eau et flasque, le prochain ravitaillement étant annoncé dans plus de 20 km, alors que les précédents étaient espacés de moins de 15 km. Les bénévoles me promettent un point d’eau intermédiaire que personne ne verra. Mon retard sur le plan de marche atteint son maximum : 49 mn.

Rav 5 (Grand Bru) – Rav 6 (Verlaine) – 20,3 km – 579 m D+

Je vais prendre un très gros orage sur cette section. Comme je suis sur un plateau exposé avec des bâtons en fibre de carbone et que l’orage est vraiment sur moi, je décide rejoindre un abri sous les arbres pour me changer. Le temps d’y arriver, je suis totalement trempé et, bien évidemment, la pluie s’arrête quelques minutes plus tard. Cette partie du parcours est sans aucun doute la plus belle, en particulier avec un chemin au milieu des aulx d’ours en fleurs.

Je me souviens d’un passage très abrupt, glissant, pour descendre au bord de l’Ourthe (au 89ème kilomètre, peu de temps après la grotte du Blaireau et au niveau de la grotte des Français, je me sens un visé :-)). Le long de l’Ourthe, c’est un véritable parcours du combattant où il faut passer sous des troncs d’arbre ou en escalader d’autres. Dur, dur alors que mes cuisses commencent à être des morceaux de bois.

Screenshot

Heureusement le dernier ravitaillement de la course arrive rapidement. Je m’y arrête une bonne vingtaine de minutes, le temps de me changer pour enfiler des affaires sèches avant la nuit qui tombe. Je n’ai pas trop mal avancé sur ce tronçon puisque j’ai regagné 20 mn sur mon plan de marche, je n’ai plus que 26 mn de retard.

Rav 6 (Verlaine) – Arrivée Ocquier – 17 km – 376 m D+

La fin du parcours est sans grosse difficultés, dans la nuit noire. Je trouve le moyen de tomber dans le dernier kilomètre de la course, ma seule chute de la journée.

A l’arrivée, trompé par ma trace GPX (et l’absente complète d’animation), je fais un détour au lieu de directement tourner à gauche dans la ruelle des Coquais. J’avais peut-être perdu un peu de lucidité…

Ma femme et son amie sont venues m’accueillir, personne d’autre en dehors de l’organisateur (déjà occupé à ranger) qui est très amusé de ma méprise, amusé au point d’oublier de me donner ma médaille.

Je termine 23ème de la course (sur 38 partants), 1er de ma catégorie d’âge (le second ayant abandonné :-)) et en 17h56 (2h avant la barrière horaire), juste en dessous de mon hypothèse pessimiste :

Pas trop mal comme prévisions, je dois revoir mes formules, mes temps en descente étaient trop optimistes.

Conclusion

Même si cela ne transparait pas forcément au travers de mon récit, j’ai beaucoup aimé ce trail qui aurait été effectivement une préparation parfaite pour le Trail de St-Jacques by UTMB (version 100 miles)  Le type de parcours est très proche : enchainement de côtes et de descentes sur des sentiers la plupart du temps peu techniques. Mais la région du Puy-en-Velay est bien plus belle et photogénique 🙂

Le fléchage était rudimentaire (petit drapeaux plantés au sol) mais suffisant, sauf peut-être au niveau de la base vie comme expliqué ci-dessus et à deux-trois intersections. Il est tout de même recommandé d’avoir la trace GPX pour éviter toute erreur d’inattention.

Les ravitaillements étaient dans la norme, les bénévoles (2 équipes se relayant au fil des ravitaillements) très sympathiques.

Ma seule déception est le nombre réduit de participants, la course mérite mieux. L’organisation promettait une arrivée « festive ». Pas pour moi en tout cas 🙂

Ma frontale Stroots Kiska 3 a bien fait le job pendant la nuit sans m’alourdir inutilement tout au long de la course.

J’ai couru avec mon sac à dos Décathlon, pas super pratique. Il va falloir que j’en change. Je supporte de moins en moins une poche à eau dorsale mais ce sac ne me permet pas d’accéder facilement à des flasques. Je lorgne toujours du côté du Salomon ADV Skin 12.

Côté nutrition, j’ai peu ou prou respecté mon plan de nutrition (une alternance de gels et de barres Maurten environ tous les 10km). Même si le goût du sucre ne se ressent pas dans les gels, j’étais saturé en fin de course et ai manqué plusieurs fois de vomir à l’arrivée. L’amie de mon épouse était choquée de voir que l’on puisse se mettre dans un état pareil alors que mon épouse prenait cela avec la philosophie acquise au fil des courses.

Côté matériel, j’ai couru avec la version trail de la Brooks Ghost 17, et je les adore. Elles étaient parfaites pour ce type de terrain, je regrette à posteriori de ne pas les avoir eu pour mes deux précédentes courses. J’ai fini sans ampoules, sans mal au pied et sans avoir l’impression d’avoir des boulets au pied. Mes meilleures chaussures de trail depuis longtemps, mais peut-être un peu juste pour des trails montagneux (manque de stabilité et semelle qui ne filtre pas assez le terrain).

Je suis resté une semaine au repos avant de reprendre la course, les courbatures ont bien duré 4 jours, un peu plus long que d’habitude.

Et maintenant ? Comme après la CCC ou l’Ultra-Trail des Païens j’ai promis solennellement à mon épouse (elle a des vidéos compromettantes) de ne plus m’engager sur une course de plus de 100 km, de ne plus passer une nuit en course, de rester sur des distances maximales de 80 km. Même si l’envie me taraude de (re)tenter ma chance sur l’Echappée Belle ou l’UTMB, je serai plutôt tenté de dire que je vais tenir ma promesse. Je ne trouve plus l’énergie de m’entrainer autant qu’avant (le poids de l’âge) et je ressens une grande lassitude morale sur ces courses au-delà de 30-40 km. Suite au prochain épisode…

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