De la méthode de calcul des points ITRA

Comme promis précédemment, voici un article sur les points ITRA. Tout est parti d’un constat fait indépendamment par mon frère et moi : la hiérarchie des courses reflétée par les points ITRA n’est pas  représentative de leur réelle difficulté.

C’est quoi les points ITRA ?

L’International Trail-Running Association (ITRA) a été créée en Juillet 2013 pour promouvoir la pratique du trail (plus de détails ici). Depuis Avril 2014, l’ITRA propose un service de certification des parcours et d’évaluation de la difficulté des trails (moyennant 100 Euros). Le résultat de leur évaluation est un nombre de points de 1 à 6.

Les « grands » trails mondiaux comme l’UTMB imposent depuis longtemps d’être finishers de certaines courses qualificatives pour pouvoir s’inscrire. Le motif est louable : cela évite de lancer sur les sentiers montagneux des personnes qui n’ont pas la capacité morale et physique de terminer une telle épreuve.

Jusqu’à l’arrivée des points ITRA, chaque organisateur avait sa propre liste de courses qualificatives, voire son propre mode de calcul de leur difficulté. Maintenant, de plus en plus de courses utilisent les points ITRA et imposent un nombre minimum de points à obtenir en un nombre maximum de courses, ce qui clarifie la question (même si certains n’acceptent pas toutes les courses certifiées ITRA comme courses qualificatives). De mon point de vue, les points ITRA sont donc une bonne chose.ici Sachez toutefois qu’une rébellion s’est organisée contre l’ITRA, lui reprochant notamment mercantilisme et prise en otage par l’UTMB. Plus de détails ici.

Comment se calculent les points ITRA ? A vos calculettes !

Je ne fais que recopier ce que vous pouvez lire ici sur le site de l’ITRA.

Pour les courses en une seule étape, une évaluation de l’effort est réalisée en additionnant la distance exprimée en km et le centième du dénivelé positif exprimé en mètres. Par exemple, le nombre de points d’effort d’une course de 65 km et 3500 m de dénivelé positif est : 65 + 3500/100 = 100.

Trois autres critères sont pris en compte pour calculer le nombre de points d’effort d’une course.

1 – Courses en semi-autonomie

Si le nombre de ravitaillements est tel que la course n’est pas en autonomie (je corrige au passage une erreur du site), le nombre de points d’efforts sera diminué selon la règle suivante.

On calcule l’intervalle moyen (IM) entre 2 ravitaillements selon la méthode suivante :

  • Dist = distance exprimée en km
  • Déniv = centième du dénivelé positif exprimé en mètres
  • Nb_Rav = nombre de ravitaillement sur le parcours (départ et arrivée exclus)
  • IM = [Dist + (Déniv/100)] / Nb_Rav

Lorsque l’intervalle moyen IM est inférieur à 13, le nombre de points d’efforts est diminué selon la grille suivante :

  • IM compris inférieur à 13 et supérieur ou égal à 11 : -10
  • IM compris inférieur à 11 et supérieur ou égal à 9 : -15
  • IM compris inférieur à 9 et supérieur ou égal à 7 : -20
  • IM compris inférieur à 7 et supérieur ou égal à 5 : -25
  • IM compris inférieur à 5 : -30

(Notons que ce critère concerne rarement les grands trails)

2 – Courses en boucle

Pour les courses dont le parcours consiste à effectuer plusieurs boucles identiques, le nombre de points d’efforts sera diminué selon la règle suivante :

  • 2 boucles ou 1 aller-retour = pas de pénalité
  • 3 boucles = -10
  • 4 boucles = -15
  • 5 boucles = -20
  • 6 boucles = -25
  • 7 boucles = -30
  • 8 boucles = -35
  • 9 boucles = -40
  • 10 boucles = -45
  • 11 boucles et plus = -50

3 – Courses en étapes

Les courses à étapes sont analysées séparément, avec comme critères additionnels le nombre d’étapes, la distance et le dénivelé positif de la plus longue étape.

4 – Calcul du nombre de points final

Selon le nombre de points d’effort retenu, il sera attribué à la course :

  • 1 point ITRA pour un nombre de points d’effort compris entre 25 et 39
  • 2 points ITRA pour un nombre de points d’effort compris entre 40 et 64
  • 3 points ITRA pour un nombre de points d’effort compris entre 65 et 89,
  • 4 points ITRA pour un nombre de points d’effort compris entre 90 et 139,
  • 5 points ITRA pour un nombre de points d’effort compris entre 140 et 189,
  • 6 points ITRA au-delà.

Application pratique du calcul aux Ecotrails

Ecotrail de Bruxelles 2016

Selon le parcours publié par l’organisation, nous avons donc 81,5 km pour un dénivelé de 990m, ce qui donne 81,5 + 990/100 = 91,4 points de base. J’ai même vérifié le dénivelé avec VisuGPX, rien à redire.

La course était en semi-autonomie, il y avait 4 ravitaillements aux kilomètres 21, 45, 59 et 65. Si j’applique donc la règle ITRA :

IM = [Dist + (Déniv/100)] / Nb_Rav = (81,5+990/100) / 4 = 22,85, ce qui est largement supérieur à 13. Il n’y a donc pas lieu de diminuer le nombre de points.

Conformément à la règle ITRA, le nombre de points de base étant de 91,4, il est bien compris entre 90 et 139 et donc l’Ecotrail de Bruxelles mérite ses 4 points, même si cela passe de justesse.

Ecotrail de Paris 2017

Même exercice pour le grand frère de Paris : 78.8 km pour 1.470 m de dénivelé donnent 93,5 points de base. Les 4 ravitaillement ne donnent pas de décote (IM = 23, largement supérieur à 13) donc les 4 points ITRA sont (largement) mérités.

Ben alors, pourquoi il grogne, Ultramabouls ?

Tout a commencé sur l’Ecotrail de Bruxelles couru l’année dernière. La course était inintéressante, sans autre difficulté que la distance (82 km mais moins de 1.000 m de dénivelé positif) mais permettait de recueillir les 4 points qui me manquait pour m’inscrire à la CCC 2017. Un coureur rencontré pendant la course a parfaitement résumé mon avis sur l’Ecotrail de Bruxelles : « le parcours est nul mais ce sont 4 points ITRA faciles à récupérer ».

Voici ce qui me choque : en courant deux fois l’Ecotrail de Bruxelles, vous pouvez vous inscrire à la CCC (100 km, 6.610 m de dénivelé, des passages à 2.500 m d’altitude), sans jamais avoir couru en montagne et en ayant accumulé moins de 2.000 m de dénivelé en 164 km ! N’importe quoi et à l’encontre de la philosophie des courses qualificatives dont l’objet est (était ?) de s’assurer de la capacité à courir en montagne des concurrents.

De son côté, mon frère a fait le même constat de manière indépendante en s’appuyant sur les courses qu’il a courues :

La hiérarchie de toutes ces courses selon les points ITRA est donc la suivante :

  • UTPMA et Radicassant 2017 : 5 points,
  • La Barjo, l’Ecotrail de Paris 2015 et l’Ecotrail de Bruxelles 2016 : 4 points,
  • le Trail des 2 Amants et le Trail de Spa : 3 points

ce qui ne correspond pas du tout à notre ressenti commun (on a un niveau et une expérience de la courses proches).

Qu’est-ce que je propose ?

L’ITRA calcule aussi un niveau « Montagne » pour les courses. Je recopie encore une fois les information du site :

Le niveau Montagne (nouveauté) : il permet de distinguer la difficulté « Montagne » d’une course sur une échelle de 1 à 12. Nous nous appuyons sur des valeurs objectives comme le pourcentage de pente, la plus longue ascension en continu et l’altitude moyenne du parcours.

En ajoutant les points ITRA et les points Montagne des courses précédentes, on aboutirait au classement suivant des mêmes courses :

  • UTPMA : 5 + 6 = 11 points,
  • Radicassant 2017 : 5 + 3 = 8 points,
  • La Barjo : 4 + 3 = 7 points,
  • Trail des 2 Amants : 3 + 3 = 6 points,
  • Ecotrail de Paris 2015 : 4+ 2 = 6 points,
  • Ecotrail de Bruxelles 2016 : 4 + 1 = 5 points.

Vous savez quoi ? Cela correspond parfaitement à notre impression de la difficulté respectives de ces courses 🙂

Ma proposition est donc d’ajouter points ITRA et points Montagne dans les critères de sélection pour les grands trails montagneux. Pas gagné quand vous découvrez que l’organisateur des Ecotrails est membre fondateur de l’ITRA. :-D

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