La SaintéLyon – 1er Décembre 2018

« Dantesque ». C’est le mot qui m’est spontanément venu aux lèvres au beau milieu de la SaintéLyon quand mon frère et moi parlions (pour faire passer le temps) du futur article que je publierais dans Ultramabouls.

Il est vrai que cette édition a été très spéciale : la plus longue jamais organisée (81 km), un parcours reprenant toutes les difficultés des précédentes éditions en y ajoutant une inédite, de la pluie (souvent battante) pendant toute la nuit, des sentiers extrêmement boueux. Seul point positif côté météo : il ne faisait pas trop froid. Moi qui espérait courir dans le froid et la neige, j’ai été déçu ! Le résumé officiel de la course est visible ici.

Rappelons que je m’étais inscrit à cette course pour célébrer dignement mon 50ème anniversaire : je suis né le 1er Décembre 1968, justement à Saint-Étienne. Mon frère, plus intelligent que moi, avait choisi une manière plus sympathique de fêter ses 40 ans. 🙂 Pour mes 60 ans, je vais y réfléchir à deux fois avant de me lancer dans un autre défi stupide.

L’avant-course

Le vendredi, ma femme, mon fils et moi faisons Bruxelles – Lyon sous la pluie, avec les bouchons traditionnels à l’entrée du tunnel de Fourvière pour aller récupérer nos dossards (je récupère celui de mon frère pour lui éviter un détour par Lyon) à la Halle Tony-Garnier (très chouette bâtiment).

Il n’y a personne au moment où je récupère les dossards mais on sent bien que tout est prêt pour gérer une foule importante : comme à Disneyland, le parcours est canalisée par des barrières qui serpentent dans la salle. Rappelons que la SaintéLyon est la plus grande (et la plus ancienne) course nature de France. Ses 7 épreuves (4 formules solo et 3 formules relais sur le 81 km) réunissaient cette année près de 17.000 participants.

La procédure de récupération du dossard est très efficace : l’attribution du numéro se fait au moment du retrait avec un lecteur de code barre. Du coup, cela lève une première inquiétude : mon frère et moi aurons des dossards consécutifs si d’aventure il y a un départ par sas de numéros. Pour être précis, je ne récupère pas des dossards mais des chasubles et cela va s’avérer pénible lors de la course, rendant difficile l’ouverture / fermeture de la veste. Un autre mauvais point : pourquoi ne pas permettre de retirer les dossards sur le lieu de départ à Saint-Étienne ?

Après la récupération des chasubles, l’organisation offre une bouteille de St-Yorre et un bonnet (toujours pratique pour courir par temps frais, mais je le trouve un peu petit). Nous traversons ensuite un salon du trail assez sympathique réunissant vendeurs de matériel et organisateurs de course (dont des Corréziens :-)). Au bout du parcours, un grand tableau (une bonne dizaine de mètres de long) reprend le nom de tous les participants.

Comme nous sommes fatigués par le trajet et pressés d’arriver à notre hôtel à Saint-Étienne, nous ne nous arrêtons presque pas en pensant que nous pourrons en profiter le lendemain (notre hôtel est à côté de l’arrivée pour la nuit suivante) et que cela permettra à notre petite famille de patienter en nous attendant. Nous aurions dû nous renseigner avant : le salon aura disparu le lendemain 🙁

Un dernier regard sur la ligne d’arrivée que nous franchirons quelques heures plus tard, à l’intérieur de la Halle Tony-Garnier :

Nous reprenons la route pour Saint-Étienne, encore sous la pluie et dans les bouchons. Nous avons réservé des chambres à l’Hôtel Le National, à proximité de la gare de Saint-Étienne-Châteaucreux et à 800 m du départ. Pas tip-top mais pratique et bon marché. L’hôtel a deux places gratuites dans le parking de la gare, pensez à demander en arrivant. Le soir, nous mangeons à la Taverne de Maître Kanter à proximité. Bon choix : carte variée, bonne nourriture, personnel efficace et sympathique et prix raisonnables. Nous allons y manger le lendemain midi pour célébrer (sans alcool) mon anniversaire avec notre famille qui vit dans la région et à nouveau le samedi soir pour prendre des forces avant la course. Nous ne serons pas les seuls coureurs ce soir-là.

La course

Voici la trace GPS de notre course. Pour la première fois, ma Suunto Ambit 2R a failli : la trace est très perturbée à partir du 65ème kilomètre (j’ai même atteint une vitesse de 110 km/h !!). Je ne m’explique pas pourquoi, le terrain était découvert, peut-être ma montre n’a-t-elle pas supporté les conditions météorologiques ou alors est-ce le signe du Destin m’indiquant que je dois profiter des soldes pour en acheter une nouvelle ? 🙂

Distance totale: 93.78 km
Altitude maximum: 1885 m
Altitude minimum: 154 m
Télécharger

Du coup, voici la trace GPX correcte récupérée sur le site de l’organisation :

Distance totale: 80.91 km
Altitude maximum: 926 m
Altitude minimum: 164 m
Télécharger


Le journal local Le Progrès a publié avant la course une vidéo très bien faite décrivant le parcours :

Comme sur l’UTPMA, il était possible de suivre en direct la course sur le site Livetrail. Très pratique pendant l’épreuve pour les suiveurs, et après pour les bloggeurs 🙂

Le départ est planifié à partir de 23h30, par sas toutes les 15 mn. Nous décidons d’arriver sur place 1 heure avant. Nous laissons un sac à la consigne pour pouvoir prendre une douche à l’arrivée avant de rejoindre notre hôtel. Jusqu’au dernier moment nous ne savions pas comment seraient organisés les sas : par tranche de numéros ou à la bonne franquette ? Arrivés sur place, c’est clair : premier arrivé, premier servi. Il y a déjà beaucoup, beaucoup de monde et nous sommes en fin de peloton.

Il commence à pleuvoir, d’abord doucement puis plus fortement. Un rituel s’installe, par tranches de 15 mn : un petit morceau de pop/rock (nous aurons du U2, de l’AC/DC…), un speaker qui nous explique que cette édition est exceptionnelle (la plus longue et la plus difficile de l’histoire, en l’honneur du traceur historique de l’épreuve – Alain Souzy – disparu en 2017), le même speaker tente de chauffer l’ambiance en nous faisant applaudir et crier notre joie d’être tous là sous la pluie puis lance le départ d’un sas. Une petite bousculade s’en suit quand le peloton avance et nous partons pour un nouveau cycle de 15 mn (seule la musique change un peu).

Nous sommes des chanceux : nous vivons ce rituel 5 fois puisque nous partons en dernier, à 00h30. Au passage ce n’est plus le jour de mon anniversaire et je commence à me demander dans quelle galère je nous ai mis; la pluie est battante. Reconnaissons un mérite au départ en sas toutes les 15 mn : à aucun moment nous n’aurons de bouchons sur le parcours. Seuls les 2 premiers ravitaillements seront vraiment embouteillés. Si vous courez un jour la SaintéLyon sans viser un temps, je vous conseille d’arriver au dernier moment, vers minuit / minuit trente et de vous installer tranquillement en fin de peloton. Sur les premiers kilomètres, il est très facile de doubler.

Les fauves (frigorifiés et trempés) sont lâchés mais difficile de se mettre en route après presque 2 heures à poireauter sur la ligne de départ. Les 2,8 premiers kilomètres sont faciles, sur de grandes avenues dans une zone industrielle. Se présente ensuite un tout petit raidillon (100 m de D+ sur 400 m tout de même) qui casse bien les pattes. Il faut quasiment attendre le 7ème kilomètre pour entrer sur notre premier sentier. Le passage ne fait qu’une cinquantaine de mètres mais nous fait rapidement comprendre ce qui nous attend : très boueux et très glissant, plusieurs coureurs glissent voire tombent devant moi. Avant la course, je me posais la question sur le type de chaussures que je prendrais. D’après différents sites et bloggeurs, la SaintéLyon était très roulante et il était possible de la courir en chaussures de route. Sinistre fumisterie : même par temps sec, des chaussures de trail sont indispensables. Heureusement je suis parti en Akasha mais, malgré les crampons, je vais beaucoup glisser, bien plus que mon frère qui courait lui en Saucony Peregrine 8 GTX.

A partir de 8,8 km, nous entrons sur les chemins, toujours très boueux et glissants, la boue ayant été malaxée par les centaines de concurrents qui nous ont précédés. Nous montons régulièrement jusqu’au premier ravitaillement de St-Cristo-en Jarez au 19ème kilomètre. Pendant les 2h25 nécessaires pour y arriver, je n’ai pas de jambes et je n’ai pas cessé de broyer du noir. Si mon frère n’avait pas fait l’effort de m’accompagner, j’aurais peut-être abandonné à cet endroit. J’y ai pensé en tout cas. Le ravitaillement est pénible : beaucoup de monde et il faut jouer des coudes pour arracher un peu de nourriture et une bouteille d’eau. Nous prenons 10 mn, le temps de manger et de bien boire. Je me rends compte que je suis très déshydraté, la faute à un jarret de porc pris le midi qui m’a donné très soif. En attendant le départ je n’ai pas bu (pour ne pas avoir à m’arrêter à peine parti :-)) et sur la route je n’arrivais pas à me désaltérer avec le contenu de ma poche à eau. J’avale quasiment le contenu d’une bouteille d’eau gazeuse et, à partir de là, je me sens mieux et je vais trottiner jusqu’à l’arrivée sans trop de soucis. La même chose m’était arrivée au Trail de la Côte d’Opale. Je suis resté très discret sur ma « défaillance » et mon frère me dira ensuite ne pas avoir détecté que j’étais mal. Au passage, j’entends une conversation amusante dans mon dos : des personnes qui abandonnent « parce que vraiment, cela n’en vaut pas la peine, c’est glissant, aucun intérêt » et commandent un taxi (50 Euros pour revenir au départ, si cela vous intéresse). Message personnel : ayez le courage de dire que vous craquez psychologiquement. 🙂

De notre côté, nous continuons. D’un point de vue météo, c’est sans doute le pire moment de la course : il pleut à verse et le vent est frais. Par instant, la pluie est proche de la neige. Les parties sentiers sont à chaque fois très pénibles, avec beaucoup de boue, parfois liquide, parfois tassée et très glissante, parfois gluante à vous arracher les chaussures. De temps à autre des spectateurs ont bravé le mauvais temps pour venir nous encourager. Incroyable et super sympa. Je renonce à prendre LA photo de la SaintéLyon : la ligne continue des frontales qui tracent le parcours dans la nuit. Mon smartphone est bien empaqueté au fond d’une poche pour ne pas prendre l’eau et je renonce à le sortir.

Nous arrivons au deuxième ravitaillement, celui de Ste-Catherine à 32 km du départ, en 4h40. Nos poches à eau sont encore bien remplies, nous arrachons quelques TUCs et gâteaux et les mangeons en marchant avant de repartir en trottinant sous la pluie. Il est de coutume de dire que la course commence à Sainte-Catherine (pour les champions), ou que le plus dur est fait (pour les anonymes). En ce qui nous concerne, ni l’un, ni l’autre. 🙂 Plus d’un mois après les évènements, j’ai du mal à me souvenir des détails de la route. Nous entrons dans la phase habituelle des ultra-trails : les kilomètres s’enchainent peu à peu, dans un état quasi-hypnotique. Je me souviens plus particulièrement de deux passages : un moment où des spectateurs ont allumé un grand feu en bord de piste. Même si cela ne dure pas longtemps, la chaleur est très agréable. L’autre moment est la plus grande difficulté du parcours au 37ème kilomètre (et la partie inédite) : une descente abrupte suivie une montée encore plus abrupte dans les bois (170 m de D+ en 800m, un bon 20%). Ça glisse et bizarrement je tombe au sommet pour la seule fois de toute la course en percutant une racine que je n’ai pas vue, étant occupé à repérer un coin tranquille pour effectuer une pause technique. 🙂 Peu de temps après nous atteignons le sommet de la course, le Signal de Saint-André, à 928 m (on passe un peu en dessous du signal). A partir de là, le parcours va globalement descendre sur Lyon, malgré quelques côtes au passage.

Nous arrivons au troisième ravitaillement du Camp-St-Genou au 47ème kilomètre et au bout de 7h50 de course. Le soleil se lève et la pluie s’arrête enfin. Nous faisons un arrêt un peu plus long pour recharger en eau et nous restaurer. Peu de temps après, nous passons devant un panneau indiquant qu’il ne reste que 30km à faire; il y aura un panneau tous les 5 km à partir de là. Assez bizarrement ce panneau semble couper les jambes à mon frère. Je sens qu’il prend un coup de fatigue : il râle dès que j’accélère un peu. De mon côté, j’en ai sérieusement marre des sentiers caillouteux, boueux, détrempés où je passe mon temps à patiner plutôt que courir. Cela me rappelle le Trail de Spa d’il y a quelques années. Chaque partie goudronnée est vécue comme un soulagement. A un moment de la course, nous sommes doublés par une espèce de voiture de golf 4×4 qui a juste la largeur du chemin et va récupérer une concurrente qui s’est blessée. Mon frère en profite pour me passer un savon parce que j’ai pris 10 m d’avance 🙂

Au quatrième ravitaillement de Soucieu-en-Jarrez (61 km, 9h40 de course), nous faisons une grande pause de 20mn. Le lieu s’y prête bien : un grand gymnase avec moins de monde que sur les précédents ravitaillements. Nous en profitons pour prendre 2 photos et rassurer nos femmes respectives sur notre survie :

A partir de ce moment, le parcours devient beaucoup plus facile : principalement de la route, il ne pleut pas et, sur un malentendu, nous pourrions presque entrevoir un rayon de soleil. Nous trottinons, mon frère me crie dessus dès que j’accélère de 0,01 km/h mais je reste zen. J’ai tellement été souvent dans cet état que je ne lui en veux pas. La dernière partie vraiment difficile nous surprend à 5 km de l’arrivée (au niveau des restes d’un aqueduc romain) : 100 m de D+ en moins d’un kilomètre. La suite du tracé est un peu vicieuse puisque qu’on redescend presque tout ce que l’on vient de monter dans un parc, sur des chemins glissants … pour remonter aussitôt. Le reste est tranquille, nous redescendons vers la Saône que nous traversons avant de traverser le Rhône au niveau du Musée des Confluences (très joli de l’extérieur) pour finir en trottinant en 13h20. Pas terrible mais l’essentiel est d’être arrivés et reconnaissons que nous avons plein les pattes.

Après une petite discussion avec notre famille juste après l’arrivée, nous récupérons notre sac sans qu’il y ait le moindre contrôle (comme quoi les trailers sont des gens honnêtes), prenons une douche bien chaude (pensez à prendre des chaussures pour la douche, le sol est très sale) avant de rejoindre notre hôtel (très agréable) où nous goûtons un repos bien mérité. Le lendemain nous revenons sur Bruxelles. Dès le mardi, j’aurais pu recourir sans problème. Malheureusement la météo aura eu ma peau et je vais enchainer deux semaines de crève après la course. 🙁

Voici la médaille :

J’aurais préféré qu’elle fut verte en l’honneur des Verts de Saint-Etienne mais il ne fallait pas vexer les voisins (et ennemis héréditaires) lyonnais 🙂

L’organisation

La SaintéLyon est une « grosse machine » très bien organisée au vu du nombre de personnes qui y participent. Je n’ai que trois petits reproches à faire :

  • il est dommage de ne pas pouvoir retirer les dossards à Saint-Étienne (surtout vu le fonctionnement par code-barre),
  • le dossard lui-même est une chasuble absolument pas pratique pour ouvrir / fermer sa veste,
  • le départ en sas toutes les 15 mn nous a fait attendre près de deux heures sur la ligne de départ.

Pour le reste, rien à dire : balisage parfait (en même temps, il suffit de suivre les 10 personnes qui sont toujours devant vous :-)), ravitaillements bien échelonnés et copieux, douche à l’arrivée, très bonne ambiance grâce aux bénévoles et aux spectateurs qui vous accompagnent tout au long de la course.

Conclusion

Ce fut une course difficile à cause des conditions météo. Avec la nuit et la pluie, je ne peux pas dire grand-chose sur la beauté du parcours puisque j’ai passé 60 des 81 km à regarder mes pieds pour éviter les cailloux et les fondrières. La seule fois où je n’ai pas regardé mes pieds, je suis tombé. 🙂 Chaque partie goudronnée était vécue comme une libération.

Si j’habitais la région, je la recourrais très probablement en espérant la connaître sous la neige. Habitant à Bruxelles, faire un aller-retour en plein hiver est logistiquement un peu compliqué et il est donc peu probable que je la recoure dans les prochaines années. Mais si vous avez l’occasion, n’hésitez pas. En dehors des petits défauts que j’ai signalés, c’est une chouette course qui rapporte 4 points ITRA et n’écoutez pas ceux qui la trouve facile et pouvant être courue en chaussures de route !

Mon frère avait eu la gentillesse de reprendre sérieusement l’entrainement pour me faire la surprise de m’accompagner. Il a eu un peu de mal sur la fin mais c’était super de courir ensemble, de papoter tranquillement. Sinon, le temps m’aurait paru très, très long et j’aurais peut-être (bêtement) abandonné au 1er ravitaillement. La mauvaise nouvelle est qu’il s’agissait de sa dernière grande course, il a décidé d’abandonner les ultra-trails. L’entrainement est trop contraignant vis-à-vis de ses contraintes personnelles et professionnelles. Dommage, je vais devoir courir la CCC tout seul (oui, je suis inscrit :-)) alors que c’était initialement notre but commun.

Ce contenu a été publié dans Courses, Journal. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *