Un vent de la révolte souffle contre l’ITRA (et l’UTMB)

Le Hardrock 100 est un ultra-trail américain qui se déroule au Colorado, toutes les années au mois de Juillet depuis 1992. Deux éditions ont été annulées en 1995 (trop de neige) et en 2002 (feux de forêt). A son palmarès, pas que des inconnus :

Côté dames, re-cocorico avec la victoire non moins épique de Caroline Chaverot cette année et la 3ème place de Nathalie Mauclair. J’avoue ne connaitre aucune des lauréates précédentes (la plupart n’ayant couru qu’aux USA), ce qui n’enlève rien à leur mérite !

Cela fait partie des courses que j’aimerais courir … mais que je ne courrai probablement jamais. A presque 50 ans, déjà bien si j’arrive à courir l’UTMB un jour.

Les organisateurs du Hardrock 100 viennent de publier une tribune contre l’ITRA et le mécanisme des points UTMB dans le magazine Ultrarunning. En voici une traduction personnelle :

Pourquoi nous ne payerons pas : l’UTMB, l’ITRA ou le racket du « payez pour avoir des points »

Il y a plusieurs semaines, nous avons reçu un mail de Catherine Poletti qui, avec son mari Michel, est propriétaire de l’UTMB et de l’ITRA. Ce mail expliquait en substance que Kilian Jornet (le dernier vainqueur du Hardrock) voulait courir l’UTMB mais que, comme le Hardrock 100 n’avait pas payé pour rejoindre l’ITRA, Kilian Jornet n’avait pas les points UTMB nécessaires. Donc, pour résumer, le Hardrock 100 n’accepterait-il pas de payer pour que Kilian puisse courir ? Notre réponse est non. Et voici pourquoi.

Pour ceux qui ne connaissent pas la procédure, l’UTMB exige que les ultra-trails paient une cotisation annuelle à l’ITRA pour être habilités à octroyer des « points de qualification ». Notre position est claire : l’UTMB est cordialement invitée à utiliser les résultats du Hardrock 100 comme critère d’admissibilité à sa course, mais nous n’avons aucune raison de les payer pour le faire. De nombreuses autres courses, par exemple la Run Rabbit Run, la Bighorn et la Wasatch, ont également été approchées par l’UTMB et l’ITRA et incitées à payer pour être habilitées à octroyer des points UTMB.

Beaucoup d’entre nous ont également été contactés par des coureurs qui ont été invités par l’UTMB / ITRA à inciter les directeurs de course à payer les frais d’enregistrement afin que les coureurs puissent obtenir des «points ». Certains coureurs nous ont demandé pourquoi beaucoup d’entre nous ont refusé.

Premièrement, rappelons que c’est la décision de l’UTMB d’adopter une qualification basée sur des «points» (par opposition, par exemple, à une loterie). Nous ne pensons pas être tenus de payer pour le programme de qualification de l’UTMB. Deuxièmement, l’UTMB et l’ITRA sont des entreprises à but uniquement lucratif, avec des revenus estimés en millions d’euros. Il est difficile de ne pas penser que l’exigence de «payer des points» pour  les courses n’est autre chose qu’un nouveau moyen de maximiser ce qui est déjà une entreprise très rentable. Bien que nous ne reprochions pas à l’UTMB et l’ITRA de chercher à maximiser leurs bénéfices, leur programme « payer pour des points » ne contribue absolument pas au bon fonctionnement de notre sport. Ils ne font aucune inspection des courses auxquelles ils attribuent des «points», ne font aucun effort pour vérifier si ces évènements sont sûrs, bien organisés ou répondent à de quelconques normes minimales et, pour autant que nous le sachions, ils n’ont jamais refusé d’attribuer des «points» à un organisateur qui était prêt à payer. D’ailleurs, comme de plus en plus d’Américains souhaitent participer à l’UTMB, certains nouveaux événements avec peu ou pas de d’historique (voire un mauvais) ont constaté que «payer des points» était un moyen facile pour eux de générer des inscriptions.

En raison de diverses restrictions fédérales, au niveau des États ou au niveau local, les ultra-trails américains n’ont pas la possibilité de lancer dix mille coureurs sur leurs parcours, ce que l’UTMB peut faire, et ne peuvent donc pas générer les mêmes revenus que l’UTMB. Même si les courses américaines le pouvaient, beaucoup d’entre elles choisiraient de ne pas le faire, considérant que c’est contraire à l’esprit de l’ultra-trail. Nous reconnaissons que, à mesure que notre sport grandit, une commercialisation croissante et un désir de monétiser la popularité de ce sport sont inévitables, et en effet, pour le meilleur ou pour le pire, l’UTMB et l’«Ironmanisation» de notre grand sport semblent être un avenir inéluctable. Mais, bien que nous comprenions bien pourquoi de nombreux coureurs veulent courir l’UTMB, ce ne sont pas les valeurs que nous pensons être les meilleures pour notre sport ou que nous souhaitons promouvoir.

Nous n’avons aucun problème pour que l’UTMB utilise nos courses comme qualification. Mais aucune autre course – y compris des courses populaires et emblématiques telles que la Western States 100, la Hardrock 100 ou les marathons de Boston ou New York – n’ont jamais cherché à gagner de l’argent sur le dos des autres courses en échange d’un classement.

Nous ne paierons donc pas. Et nous espérons que les coureurs comprendront pourquoi.

Hardrock Hundred
Run, Rabbit, Run 50 and 100 Mile Runs
Speedgoat 50K
Wasatch Front 100
San Diego 100 Mile Run
Cascade Crest 100 Mile Run
Angeles Crest 100 Mile Run
Grindstone 100 Mile Run
Big Horn Trail Runs

La réponse de l’ITRA

Le 4 juillet dernier (je suis en retard dans mes articles…), l’ITRA a répondu via un communiqué de presse que vous pouvez trouver ici en version française. Il répond point par point à la tribune du HardRock 100 et je vous invite à le lire en détail. On peut y apprendre beaucoup de choses, notamment sur les « millions » générés par l’ITRA (956 Euros de bénéfices en 2016 et 2008 Euros espérés en 2017…).

Qu’est-ce que je pense de tout cela ?

Donnons la parole à un coureur lambda, un soutier, un anonyme du peloton dont le seul objectif sera toujours de terminer les courses dans de bonnes conditions : moi 🙂

La popularité du trail ne fait que croitre depuis ces dernières années. La création d’une structure au niveau mondial était donc inéluctable au vu des enjeux financiers. L’ITRA a le mérite d’exister, leur gouvernance est ouverte comme le montre les dernières élections de l’Assemblée Générale et l’UTMB est loin d’y être surpuissante. Prenons la pari que le trail deviendra sport olympique d’ici 20/30 ans et ce sera probablement l’ITRA qui accompagnera ce mouvement au fil des années.

L’argument financier des organisateurs du Hardrock 100 me semble vaseux et plus une position de principe : la cotisation annuelle ITRA d’un organisateur est liée à son budget inscriptions et s’échelonne de 30 à 500 Euros (voir Annexe 3 de ce document). Dans le cas du Hardrock 100, leur budget inscription est de 145 coureurs x 295 $ = 42.775 $, soit environ 37.500 Euros. Leur cotisation annuelle à l’ITRA se monterait donc à 150 Euros. Cela me semble largement abordable. Avec cette cotisation, l’organisation a accès à une panoplie de services, dont le service d’évaluation des courses.

La décision de l’UTMB d’imposer des courses qualificatives est un choix raisonnable et professionnel. Une telle course ne s’improvise pas et il ne faut pas plaisanter avec la santé des coureurs. Au lieu de limiter les courses de qualification à un petit nombre (comme le fait le Hardrock 100), l’UTMB a fait le choix d’ouvrir son système de qualification à théoriquement n’importe quelle course dans le monde en attribuant à chaque course des points suivant une méthode transparente. Les coureurs ne peuvent que s’en féliciter, j’aimerais pouvoir me qualifier pour le Hardrock 100 sans devoir aller courir aux USA. Il y a eu des abus de certains organisateurs dans le passé sur la déclaration des dénivelés, j’en ai été victime il y a quelques années. Offrir un service d’évaluation du dénivelé indépendant de l’organisateur était donc quelque chose d’indispensable. Le fait que l’ITRA héberge ce service au lieu que ce soit l’UTMB me semble positif : chaque trail peut ainsi s’appuyer sur une méthode commune d’évaluation. Certes tout n’est pas encore parfait : comme je l’avais évoqué dans un précédent article, la méthode actuelle de calcul des points avantage les formats Ecotrails qui – hasard – font partie des membres fondateurs. Mais, là encore, cela a le mérite d’exister.

En tant que coureur non affilié à l’ITRA, je suis satisfait des services qui me sont offerts gratuitement :

  • le calendrier des courses avec une évaluation impartiale des points,
  • la gestion de mon (modeste) palmarès,
  • une mesure de ma performance,
  • une inscription facile à certaines courses comme l’UTMB.

Pour finir, les organisateurs du Hardrock 100 sont de bons donneurs de leçons, c’est oublier que l’honnêteté de leur système de loterie a été largement remise en cause et les a conduit à rembourser les coureurs qui n’avaient pas été sélectionnés à la loterie (ce que l’UTMB a toujours fait de son côté).

Donc, même si tout n’est pas encore parfait, je dis « vive l’ITRA » 🙂

 

 

 

 

 

 

Ce contenu a été publié dans Journal. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *